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Grande sculpture en bois de la Bête du Gévaudan à Saugues, en Haute-Loire
✦  Margeride · Histoire

La Bête du Gévaudan à Saugues : histoire, légende et visite

Trois ans d'attaques, une centaine de morts, un loup présenté à Versailles et une légende qui ne s'éteint pas : ce que disent les archives, et comment visiter Saugues depuis Monistrol.

L'essentiel
PériodeJuin 1764 – juin 1767
Victimes≈ 100 morts (88 à 124 selon les décomptes)
Musée à Saugues22 scènes · ≈ 35 min · été
Depuis Monistrol≈ 19 km en voiture · 12 à 13,5 km par le GR65

La Bête du Gévaudan et Saugues sont indissociables : entre l'été 1764 et le 19 juin 1767, une ou plusieurs bêtes ont tué autour d'une centaine de personnes (88 à 124 selon les décomptes) dans ce pays de Margeride, jusqu'à ce que Jean Chastel abatte un grand canidé près d'Auvers. Aujourd'hui, Saugues, à 960 m d'altitude sur le GR65 et à environ 19 km de Monistrol-d'Allier, raconte cette histoire dans son musée fantastique de la Bête du Gévaudan (22 scènes, ouvert surtout l'été) et sous l'œil d'une immense Bête sculptée qui domine le bourg.

On croit tout savoir de la Bête, parce qu'on a vu un film ou lu un roman. Les archives, elles, racontent une histoire plus simple et plus terrible : des enfants qui gardent les troupeaux, des paroisses isolées, un royaume qui s'en mêle. Voici l'essentiel de ce qui est établi, ce qui relève de la légende, et comment en faire une belle journée depuis les gorges de l'Allier.

Que s'est-il passé en Gévaudan entre 1764 et 1767 ?

Le Gévaudan est une ancienne province qui correspond pour l'essentiel à l'actuelle Lozère, plus une partie de la Haute-Loire. Saugues en était une place forte, au cœur des monts de la Margeride. C'est dans ce paysage de plateaux, de bois de pins et de hameaux dispersés que les attaques se succèdent pendant trois ans. Les grandes dates, d'après l'histoire documentée :

  1. 30 juin 1764 Les Hubacs, Vivarais Jeanne Boulet, 14 ans, est la première victime officiellement recensée. Son acte de sépulture accuse « la bette féroce ». D'autres sources situent le début des attaques en juillet 1764.
  2. Automne 1764 – avril 1765 Dragons du roi Le capitaine Duhamel et 56 dragons de la Légion de Clermont-Prince battent le pays, sans résultat. Ils quittent la région le 8 avril 1765.
  3. 12 janvier 1765 Le Villaret, Chanaleilles Des enfants menés par Jacques Portefaix repoussent la Bête. Louis XV récompense le groupe et fait instruire le jeune garçon à ses frais.
  4. Février – juin 1765 Les louvetiers Le roi envoie d'Enneval père et fils, chasseurs de loups professionnels, arrivés à Clermont-Ferrand le 17 février avec leurs limiers. Ils sont relevés en juin par François Antoine, porte-arquebuse du roi.
  5. 11 août 1765 Paulhac Marie-Jeanne Vallet, servante, blesse l'animal avec une lance de fortune. On la surnomme « la Pucelle du Gévaudan ».
  6. 20 ou 21 septembre 1765 Bois des Chazes François Antoine abat un grand loup près de l'abbaye des Chazes : environ 1,70 m de long et 60 kg. Naturalisé, il est exposé à Versailles. Pour la cour, l'affaire est close.
  7. 1766 – 1767 Margeride Les attaques reprennent, mais le roi ne veut plus en entendre parler et la presse se tait. Les battues restent l'affaire des seigneurs locaux.
  8. 19 juin 1767 La Sogne d'Auvers Lors d'une battue du marquis d'Apcher, Jean Chastel tue un animal ressemblant à un loup sur les pentes du mont Mouchet. Les attaques cessent.

Un détail que peu de visiteurs connaissent : en 1767, une grande procession monte à la chapelle Notre-Dame d'Estours, dans les gorges de la Seuge, pour implorer la Vierge contre la Bête. La statue polychrome qu'on y portait se trouve aujourd'hui dans l'église de Monistrol-d'Allier. Avant de partir pour Saugues, vous pouvez donc commencer l'enquête au village.

Histoire de la Bête du Gévaudan : le vrai, le légendaire et les hypothèses

La Bête a nourri deux siècles de romans, de films et de théories. Il vaut la peine de trier.

Ce qui est documenté : les dates, les lieux, les noms de nombreuses victimes, l'intervention des dragons puis des chasseurs du roi, le loup des Chazes envoyé à Versailles, l'animal tué par Chastel en 1767. Ce qui relève de la légende : la balle d'argent ou bénite, les médailles de la Vierge et les prières de Chastel avant le tir. Ces détails apparaissent dans la tradition et la littérature (Henri Pourrat notamment), pas dans les archives du XVIIIe siècle. Ce qui reste une hypothèse : la nature exacte de l'animal ou des animaux.

Sur ce dernier point, la position la plus partagée par les historiens est que la « Bête » désigne en réalité plusieurs loups devenus anthropophages. C'est la lecture de l'abbé François Fabre, de Guy Crouzet, de Félix Buffière et de Jean-Marc Moriceau, professeur d'histoire moderne à l'université de Caen. Dans ses travaux sur les attaques de loups en France (environ 3 000 cas recensés du XVe au XXe siècle), il replace le Gévaudan parmi d'autres épisodes comparables, parfois plus meurtriers encore.

D'autres pistes ont été avancées, minoritaires : un chien ou un hybride loup-chien, un grand fauve échappé (lion ou hyène), ou un animal dressé à tuer. Quant à l'idée d'un tueur humain déguisé, popularisée par des romans, aucun document ne vient l'étayer. Le bon réflexe face à une « révélation » sur la Bête : demander quelle archive la fonde.

Comment aller de Monistrol-d'Allier à Saugues ?

Le GR65, chemin de Compostelle, à l'approche de Saugues sur le plateau de la Margeride
Le GR65 sur le plateau de la Margeride, aux portes de Saugues.

À pied, c'est l'étape suivante du GR65 : 12 à 13,5 km, 3 h 30 à 5 h, avec une longue montée par la chapelle de la Madeleine et Escluzels, puis le plateau de la Margeride par Roziers et Le Vernet, avant de redescendre sur Saugues. Tout le détail (points d'eau, dénivelé, pièges du balisage) est dans notre guide de l'étape GR65 de Monistrol-d'Allier à Saugues. Il n'y a pas de commerce entre les deux villages : partez avec de l'eau et de quoi manger.

En voiture, Saugues est à environ 19 km par la D589, soit une vingtaine de minutes, davantage sur cette route de gorges sinueuse. En bus, la ligne régionale H04 Saugues – Monistrol-d'Allier – Le Puy-en-Velay relie les deux villages. C'est une sortie idéale pour une journée de repos à Monistrol : un aller-retour en matinée ou l'après-midi, et vous êtes rentré pour le dîner.

Que voir à Saugues sur les traces de la Bête ?

Le Musée fantastique de la Bête du Gévaudan

Installé dans une ruelle face à la Tour des Anglais, le Musée fantastique de la Bête du Gévaudan a été créé en 1999. Il ne s'agit pas d'un musée d'archives mais d'un parcours scénographié sur quatre niveaux : 22 scènes en plâtre, sculptées à la main par Blandine Gires et son père Lucien Gires, avec couloirs sombres, sons et lumières. La visite dure environ 35 minutes. Les enfants adorent, les plus jeunes peuvent être impressionnés.

  • Adresse : rue de la Tour, 43170 Saugues · 04 71 77 64 22.
  • Ouverture (fiche officielle Haute-Loire Tourisme) : 15–30 juin et 1er–15 septembre, 14 h 30–18 h 30 ; 1er juillet–31 août, 10 h–12 h et 14 h 30–18 h 30. Groupes toute l'année sur rendez-vous.
  • Tarifs : non publiés sur la fiche officielle ; un guide en ligne indique 6 € adulte et 4 € enfant, à vérifier sur place.

La grande Bête de bois

Impossible de la manquer : une immense statue de la Bête du Gévaudan en bois domine la ville depuis le belvédère de la D589. Elle est l'œuvre de Jean-Pierre Coniasse, sculpteur de Saugues, qui a taillé plusieurs Bêtes successives pour la commune depuis 1995. La version commandée par la mairie en 2022, en séquoia, était annoncée à 10,50 m de haut pour une quinzaine de tonnes. Le même artiste a semé une dizaine d'œuvres dans le bourg et le long du chemin de Saint-Jacques : un sabot, une lavandière, saint François-Régis… Ouvrez l'œil en traversant le village.

La collégiale Saint-Médard et la Tour des Anglais

Collégiale Saint-Médard de Saugues et son clocher octogonal
La collégiale Saint-Médard.
Vue sur le bourg de Saugues dans la Margeride
Saugues, ancienne place forte du Gévaudan.

La collégiale Saint-Médard mêle un clocher-porche roman, classé monument historique dès 1840, et un édifice remanié jusqu'au XIXe siècle (l'église est inscrite depuis 1971). Son trésor vaut l'arrêt : une Vierge en majesté du XIIe siècle, une pietà du XVe, des croix processionnelles Renaissance d'orfèvres du Puy et le reliquaire de saint Bénilde. L'entrée est libre. Les pèlerins y trouvent un accueil de 17 h à 18 h 30, d'avril à mi-octobre.

Tout près, la Tour des Anglais, donjon carré daté du XIIIe siècle (certaines sources disent XIVe) et dernier vestige du château incendié en 1788, est classée monument historique depuis 1907. Sa terrasse offre une belle vue sur la Margeride. Les périodes d'ouverture sont à vérifier auprès de l'office de tourisme.

Quels autres sites de la Bête voir autour de Saugues ?

  • Auvers : c'est sur cette commune, à la Sogne d'Auvers près du mont Mouchet, que Chastel tua l'animal en 1767. Le village accueille une sculpture de Philippe Kaeppelin représentant Marie-Jeanne Vallet affrontant la Bête.
  • La Besseyre-Saint-Mary : une stèle en hommage à Jean Chastel y a été érigée en juillet 1995.
  • Le Villaret et le Domaine du Sauvage (Chanaleilles) : le hameau du combat de Jacques Portefaix, et, sur le GR65 après Saugues, le Domaine du Sauvage, point de départ de petites randonnées en Margeride.
  • Monistrol-d'Allier : la statue de Notre-Dame d'Estours, portée en procession en 1767, dans l'église du village.

Nos conseils pratiques pour la visite

  • Quand venir : de mi-juin à mi-septembre pour trouver le musée ouvert. En juillet-août, le matin est plus calme. Saugues accueille aussi chaque mois d'août le Festival celte en Gévaudan : le bourg est alors très animé.
  • Le vendredi matin, jour de marché à Saugues, est un bon moment pour combiner visite et courses.
  • Pèlerins : Saugues a un distributeur et une pharmacie, ce que Monistrol n'a pas. Profitez-en.
  • Avec des enfants : prévoyez de raconter l'histoire avant la visite ; le musée est sombre et parfois spectaculaire.
  • Hors saison : la statue, la collégiale et le bourg restent accessibles ; seul le musée est fermé aux visiteurs individuels.

Le conseil de l'auberge : en voiture, prenez le petit-déjeuner du marcheur (9 €, dès 6 h 30), visitez Saugues le matin et revenez déjeuner au menu à 22 € (12 h–14 h). À pied, commandez la veille un panier repas (14 €) pour l'étape, il n'y a aucun ravitaillement avant Saugues. Pour le dîner au retour, réservez votre table. Et si vous restez, enchaînez avec nos idées pour profiter des gorges de l'Allier.

Questions fréquentes

Où se trouve le musée de la Bête du Gévaudan ?

Le Musée fantastique de la Bête du Gévaudan est à Saugues (43170), rue de la Tour, face à la Tour des Anglais. Téléphone : 04 71 77 64 22. Comptez environ 35 minutes de visite pour ses 22 scènes.

Quand le musée de Saugues est-il ouvert ?

La fiche officielle de Haute-Loire Tourisme indique une ouverture du 15 au 30 juin et du 1er au 15 septembre (14 h 30–18 h 30), puis du 1er juillet au 31 août (10 h–12 h et 14 h 30–18 h 30). Les groupes sont reçus toute l'année sur rendez-vous. Appelez avant de venir, les horaires peuvent changer d'une année à l'autre.

Combien de victimes a faites la Bête du Gévaudan ?

Autour d'une centaine de morts entre 1764 et 1767. Les décomptes varient : 88 à 124 morts selon les sources, et une étude de 1987 recense 210 attaques, 113 morts et 49 blessés. Le chiffre exact reste impossible à fixer.

Qui a tué la Bête du Gévaudan ?

Le 19 juin 1767, Jean Chastel abat un animal ressemblant à un loup à la Sogne d'Auvers, sur les pentes du mont Mouchet, lors d'une battue du marquis d'Apcher. Les attaques cessent ensuite. L'histoire de la balle bénite vient de la littérature, pas des archives.

Peut-on aller de Monistrol-d'Allier à Saugues à pied ?

Oui, par le GR65 : 12 à 13,5 km et 3 h 30 à 5 h de marche, avec une longue montée au départ de Monistrol. En voiture, comptez environ 19 km et une vingtaine de minutes par la D589. Le bus régional H04 relie aussi les deux villages.

Crédits photos — Saugues © Rémih, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons) · Saugues © Tournasol7, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons) · Saugues © Chatsam, CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons) · GR65 trail Haute-Loire / Margeride © Rémih, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)